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Flogging Molly - Electrelane - Sonic youth - Daniel Darc - The White Stripes - Joss stone - The Chemical Brothers - Buck 65 - Radio 4 - Melissa Auf Der Maur - Muse  (Paris Parc de Saint Cloud)  27 et 28 août 2004

Nouveau né dans la famille des festivals, Rock en Seine vient clôturer l’été de bien agréable façon. Installé dans le parc de Saint Cloud sur les bords de Seine, le festival fêtait cette année sa deuxième bougie. La programmation alléchante et variée aura tenu ses promesses.

Le festival débute ce vendredi 27 août sous le soleil éclatant de cette fin d’été. L’après midi commence avec Flogging Molly sur la grande scène.

Les Californiens qui mélangent musique traditionnelle irlandaise et guitares électriques, chauffent assez rapidement l’ambiance. Visiblement, la bonne humeur que dégage ce groupe sur scène est communicative. Presque instantanément, des gigues improvisées apparaissent ça et là dans le public. Flogging Molly n’est certainement pas le meilleur groupe de rock du monde mais n’a pas son pareil pour chauffer l’ambiance.

Après une course effrénée au travers du flot ininterrompu des festivaliers, nous voilà devant la scène de la cascade pour Electrelane.

La performance de ces quatre jeunes filles restera sans doute la claque de ce festival. Sur scène, le son est plus brut, plus sale et moins poli, en bref plus rock. Le début de concert est un peu tendu, un peu maladroit. Mais très rapidement, cette fragilité se mue en assurance. Réussissant à canaliser cette tension au travers de leur musique, les Electrelane propulsent le concert en orbite. Si c’est la clavier et leader qui donne vie aux compositions sur scène, c’est sans aucun doute la guitariste qui leur donne du corps, de la profondeur et de l’intensité.

Le public restera là comme hypnotisé, jusqu'à la fin d’un concert en crescendo. On pense parfois à Sonic Youth, voire pour les plus anciens d’entre nous à My Bloody Valentine. Ce soir Electrelane était en état de grâce

A compter le nombre de T-shirts Sonic Youth, cela ne fait aucun doute : le groupe new yorkais était pour beaucoup l’événement de la soirée.

Très vite, le ton est donné : ce sera fort fort très fort. Les membres du groupe visiblement survoltés courent de long en large, sautent, se roulent par terre utilisant guitares et micro comme des hochets.

Le groupe alterne nouveaux et anciens morceaux avec la même urgence et une dextérité impressionnante. Parfois Thurston Moore semble en transe, faisant l’amour à son vibrato, ou brandissant sa guitare comme un appendice phallique. On en prend plein les yeux mais les oreilles ne sont pas en reste. Le son est excellent et les interprétations époustouflantes. Le public impétueux du parc de Saint Cloud est sous le charme. Et lorsque déboule "Teenage Riot", c’est alors l’émeute dans la salle. Toute l’essence du rock est là.

Une chose est sure en musique, jeunesse éternelle se dit Sonic Youth.

A la nuit tombante, c’est sur la scène de la cascade que l’on retrouve Daniel Darc. Un rapide coup d’œil au public permet de s’en assurer, ce concert n’intéresse pas les moins de trente ans. Mal à l’aise face aux dernières lueurs du jour, Daniel Darc semble peiner à retranscrire sur scène les ambiances clair-obscur de son dernier album.

Mais petit à petit, alors que la nuit s’installe, l’émotion pointe le bout de son nez. Daniel Darc est un survivant et les tatouages qui lui recouvrent le corps semblent autant de traces des années. Pendant "Cherchez le garçon" ou "Nijinsky", on croit même apparaître des fantômes.

On pense alors aux paroles de la chanson "Les écorchés" de Noir Désir :
"Nous les écorchés vifs
On en a des sévices
Les écorchés vifs
On les sent les vis".

Un demi concert des White Stripes, c’est suffisant. C’est comme le café Maxwell, ce n’est pas la peine d’en rajouter.

Sur scène encore plus que sur disque, les travers propres aux duos se font ressentir : tous les morceaux se ressemblent. Jack White a beau se démener, les enceintes cracher le feu après Sonic Youth, sa musique paraît bien fade. Mais le public semble ravi et réagit aux tubes que sont "Seven nation army" et "I Just don’t know what to do with myself" (merci Burt Bacharach) comme à une secousse sismique.

Si l’euphorie a définitivement gagné le public, cela paraît moins évident sur scène. Les écrans géants diffusent en boucle les images d’une Meg White bastonnant ses fûts, hébétée. Un bassiste et du repos leur feraient le plus grand bien.

Ce premier soir, c’est Joss Stone qui est tête d’affiche sur la scène de la cascade. On a rapidement du mal à réprimer les rires. Joss Stone, c’est Barbie chanteuse. Elle a tous les accessoires : le pantalon taille basse, le petit haut moulant et les déhanchés lascifs et suggestifs qui vont avec.

La musique, une soupe infâme sans âme, ne présente strictement aucun intérêt. Mettre trois choristes n’a jamais transformé une gamine anglaise en reine de la soul. Pour ceux qui voudraient se faire leur propre idée, voilà le lien vers la page de Joss Stone sur le site de Mattel… oops de s-curverecords http://www.s-curverecords.com/joss/site/home.php.

Entre temps, les choses sérieuses commencent sur la grande scène. Les Chemical Brothers sont venus mettre le feu.

La scène est plongée dans l’obscurité, les lasers virevoltent, les écrans projettent des animations de synthèse. Le parc de Saint Cloud se transforme en une rave géante. Le son est énorme : puissant et lancinant. La grosse machinerie des Chemical Brothers est d’une efficacité redoutable : pas un être vivant à la ronde qui ne soit en train de danser. La foule continuera sa transe jusqu'à extinction des feux.

Samedi 28 août l’été a disparu. Le soleil a fait place à la pluie. Le parc de Saint Cloud si agréable la veille est désormais devenue une patinoire boueuse. Mais un festival sans pluie ni boue serait il réellement un festival ?

Notre journée commence par le concert Buck65. Le concept est assez surprenant ; un canadien blanc qui fait du rap habillé en costard. Pétri de folk et de blues, les morceaux se démarquent de ce que les rappeurs nous proposent d’ordinaire.

Seul sur scène, le canadien se partage entre platines et micro, rendant sa prestation assez minimaliste. Mais il se dégage de cette musique humour et bonne humeur et l’accueil du public est assez chaleureux.

Les trombes d’eau et l’ambiance pour le moins boueuse n’ont visiblement pas arrêté les amateurs de rock. C’est devant un parc déjà très plein que les new yorkais Radio4 entre en scène.

Très à l’aise, Radio4 ne met pas longtemps à emballer le public qui semble connaître par cœur les singles Dance to the underground et Party crashers. C’est visiblement en live que la musique de Radio4 prend son essence, âpre, puissante et furieusement groovy. Déjà l’ambiance dans les premiers rangs est telle que certains ne peuvent résister aux premiers bains de boue.

Somme toute un bon concert de rock, parfait comme entrée en matière.

Vient ensuite le tour de Melissa Auf Der Maur qui remplace Black Rebel Motorcycle Club au pied levé. Les montréalais visiblement ravis d’être là vont donner le meilleur concert de la soirée. Melissa bottes en cuir noire et robe zèbre débarque sur scène, sourire jusqu’aux oreilles et lâche un "Bonsoir mes petits français". Le ton est donné !

La musique sur scène est à l’image d’Auf Der Maur : à la fois sensuelle et survoltée, féminine et abrasive ; un mélange de caresses et de torgnoles. Le public stupéfait paraît conquis, sous le charme. Le très explicite "Taste you" (en version française), point culminant du concert, achève de mettre le feu aux poudres et de déchaîner le slammeurs. On voit les premiers hommes boue apparaître dans le public.

A peine Auf Der Maur a-t-elle quitté la scène que la rumeur se fait entendre : "MUSE ! MUSE ! MUSE !". La foule jeune et survoltée s’entasse devant la grande scène bravant la boue, les glissades et les relents de merguez.

Lorsque Muse entre en scène c’est l’euphorie, et lorsque Matthew Bellamy touche une guitare, on frôle le délire. Du calme les filles du calme ! Ce n’est pas parce que vous avez la permission de minuit qu’il faut nous casser les oreilles.

Impassible et tranquille, Muse distille son rock lyrique et mélancolique, les amplis réglés au maximum façon spinal tap. Rapidement, les mouvements de foule entraînent le public dans un gigantesque match de catch dans la boue. Sur scène, les décors sont impressionnants : plaques métalliques, vumètres géants, lumières violettes et stroboscopes.

Mais cela ne fonctionne pas, la machine pédale dans le vide. Qu’importe, beaucoup ne semblent de toute façon captivés que par les photos d’écrans géants prises depuis leur téléphone portable. Le concert, la musique sont bien accessoires. Qu’importe le flacon pourvu qu’on ait l’ivresse.

 

 

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