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Théâtre de la Colline  (Paris)  septembre 2012

Comédie dramatique d'après l'oeuvre éponyme de Luigi Pirandello, mise en scène de Stéphane Braunschweig, avec Elsa Bouchain, Christophe Brault, Caroline Chaniolleau, Claude Duparfait, Philippe Girard, Anthony Jeanne, Maud Le Grévellec, Anne-Laure Tondu, Manuel Vallade, Emmanuel Vérité et la participation d'Annie Mercier.

1920. Avec "Six personnages en quête d'auteur", Luigi Pirandello, écrivain et dramaturge italien, innovait avec un non-spectacle et une mise en abyme du théâtre qui s'interrogeait sur la création littéraire, et notamment sur la construction du personnage, et de la possible mutation opérée par la représentation sur une scène qui floute les contours de la réalité et celle de la fiction.

2012. Près d'un siècle plus tard, Stéphane Braunschweig adapte l'opus pirandellien à la lumière d'un double éclairage : celui d'une époque d'exhibitionnisme confondant et de vide existentiel où les gens ordinaires et anonymes n'en finissent pas de se répandre sur leur vie en inondant le paf et le net et celui du credo du théâtre post-moderne.

Le travail de Stéphane Braunschweig est infiniment plus subtil et subversif qu'il peut y paraître d'autant qu'il use du procédé de l'arbre qui cache la forêt et peut être apprécié comme comme un hymne en creux - ou un hommage selon le degré d'optimisme du spectateur - au théâtre dans sa conception moderne et qualifiée dorénavant de "classique".

En effet, avec la scène introductive, scène additionnelle à l'oeuvre originale, il dresse de manière concise et sidérante, et avec avec autant de sérieux que d'humour et de second degré, un état des lieux des questionnements souvent essentiellement nombrilistes qui agitent le théâtre contemporain dit "post-moderne", un théâtre au bord de l'anéantissement induit par le dogme de la tabula rasa.

Celle-ci qui reproduit une scène désormais récurrente infligée au spectateur, celle du travail à la table en début de répétition d'une pièce, c'est-à-dire des cogitations des comédiens en forme de brainstorming jargonnant qui constitue un quasi vademecum savoureux tant des axes, voire des élucubrations, du théâtre postmoderne que de la mutinerie des comédiens.

Ainsi se confrontent à un metteur en scène "traditionnel" soucieux d'une certaine fidélité au texte, et, à la fois, manque d'autorité naturelle et est assailli de doutes, certes pertinents mais non résolus, qui le placent en position de faiblesse, quatre comédiens qui ont accepté sa proposition de jouer une pièce du répertoire mais surtout pour ne pas la jouer en l'état, au mieux en conserver l'esprit.

Car pour ces derniers, déclinaisons archétypales du comédien infatué de son ego et d'un narcissisme boursouflé quand il ne l'est pas, en sus, de prétention professionnelle, l'enjeu n'est pas d'exercer leur métier à destination du public mais de satisfaire à leur épanouissement personnel.

Aussi contestent-ils non seulement la légitimité de l'auteur, l'intégrité de son oeuvre (diffuser et mettre en valeur un texte et un auteur avec le respect de la lettre d'un texte ressortirait au fétichisme canonique et rétrograde et le personnage n'est plus qu'une "vieille lune") et son intérêt (dès lors qu'elle est factuellement antérieure aux réalités sociétales contemporaines elle serait moins intéressante que les petites histoires et/ou réflexions personnelles du comédien) mais également la légitimité et l'utilité du metteur en scène, comme directeur chef de troupe.

Christophe Brault, Anne-Laure Tondu, Emmanuel Vérité et Elsa Bouchain sont plus vrais que nature dans la posture du comédien face à l'excellent Claude Duparfait, frêle silhouette précieuse à la démarche de danseuse malgré d'énormes baskets qui semblent le lester tel un scaphandrier. Le moment est jubilatoire.

Comme chacun voit midi à sa porte, les pistes explorées que sont l'écriture de plateau, le spectacle "collectif" ou l'improvisation en resucée de happening ne font pas l'unanimité ce qui déboucherait sur une impasse si, brutalement, n'intervenait l'irruption sur scène des fameux "six personnages" de Pirandello, les vrais gens qui viennent porter leurs doléances pour devenir des personnages, voie royale pour la reconnaissance et l'immortalité, interprétés par Caroline Chaniolleau (la mère), Maud Le Grévellec (la soeur), Anthony Jeanne (le jeune frère), Manuel Vallade (le grand-frère) et Philippe Gérard, le père.

Ce dernier, colosse aux yeux clairs, comédien fascinant à la présence irradiante, chantre du pathétisme lyrique, est le personnage en miroir de celui interprété par Claude Duparfait, et son symétrique tant par le physique que le jeu, donne une dimension tragique à ce qui dans l'oeuvre originale est un mélodrame populaire pour faire pleurer Margot.

Car pour illustrer son propos réflexif, Pirandello, homme du 19ème siècle, héritier de la littérature romanesque et du vérisme italien lui-même héritier hybride du naturalisme français et du réalisme russe, déploie une intrigue au pathos larmoyant aujourd'hui suranné, et qui, en l'occurrence n'arrive pas, sur la durée, à se départir d'un caractère pesant voire laborieux, nonobstant le parti pris habile du surjeu pour conforter une démonstration sur l'efficacité et l'intemporalité des piliers du théâtre que sont que sont l'intrigue et les caractères.

Dans un décor de double plateau nu, celui du Théâtre de la Colline avec en fond de scène un miroir, et un mini plateau style white cube, Stéphane Braunschweig navigue serein alors que s'évanouit la confusion entre la réalité et la fiction, le réel et le vrai, la personne de de chair et de sang et l'être de papier et milite pour que soit préservé le mystère du théâtre.

 

MM         
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Tous les 4 ans c'est le raz-de-marée footballistique. Cette année, avec un peu de chance l'évènement sera éclipsé pour des raisons éthiques, ou parce que c'est proche de Noël. Mais qu'importent vos passions, si vous êtes là c'est que vous aimez la culture. Voici notre sélection de la semaine.

Du côté de la musique :

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"Original Soundtracks" la nouvelle émission à écouter de Listen In Bed
"Scriabine - Rimsky Korsakov" de Jean Philippe Collard
"Tiempo" de Irina Gonzalez
"Mass" de Gliz
"Elisabeth Jacquet de La Guerre : Judith & Sémélé" de  Ensemble Amarillis, Héloïse Gaillard & Maïlys de Villoutreys
"Sheng : Oeuvres pour choeur et orgue de Grégoire Rolland" de Choeur de Chambre Dulci Jubilo, Christopher Gibert & Thomas Ospital
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"Tokoto" de Bancal Chéri
"Duo Solo" de Astig Siranossian
et toujours :
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"Le projet Blasco : Rinascimento" de Mathieu Cepitelli
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"Planterose" de Planterose
"Emmanuelle" de Rosie Valland
"Vortex" de Sarah Olivier
on termine par le replay du concert et de l'interview de Olivier Rocabois

Au théâtre :

les nouveautés de la semaine :
"Herculine Barbin - Archéologie d'une révolution" au Théâtre 14
"Nouvel Eden" au Studio Hébertot
"C'est un métier d'homme" au Théâtre du Rond-Point
"Le Dindon" au Théâtre Le Lucernaire
"Un bon job" à La Manufacture des Abbesses
"Un incident" au Théâtre de la Reine Blanche
"Au coeur du temps" au Théâtre Le Funambule-Montmartre
"Klaire fait Grr - Le temps des sardines" à la Comédie des 3 Bornes
"Sandra Colombo - Que faire des cons ?" à la Comédie des 3 Bornes
"Filles de personne" au Café Le Laurier
les reprises :
"Tailleur pour dames" au Théâtre de la Boutonnière
"Le Comte de Monte-Cristo" au Théâtre Essaion
"Alain Bernard - Piano Paradiso" au Théâtre Essaion
"Là-bas - Chansons d'aller-retour" au Théâtre du Soleil
"A.I.R." à la Comédie des 3 Bornes
"Rebetiko" au Théâtre Mouffetard
et les autres spectacles à l'affiche

Expositions :

"Louis Boulanger - Peintre rêveur" à la Maison de Victor Hugo
"Niki de Saint Palle - Paradis retrouvé" à l'Opera Gallery
"David Hockney - 20 Flowers and Some Bigger Pictures" à la Galerie Lelong & Co
et les autres expositions à l'affiche

Cinéma :

en streaming gratuit :
"La disparition des lucioles" de Denis Tremblay
"Home" de Franka Potente
"Dark waters" de Todd Haynes
"1917" de Sam Mendès
en salle pour les amateurs de documentaire :
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Lecture avec :

une sélection spéciale Histoire :
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