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Interview  (Paris)  dimanche 17 novembre 2013

Bertrand Betsch et ses musiciens avaient quitté la pluie toulousaine pour retrouver le froid parisien, le temps de quelques interviews promo, et de deux concerts au Ciné 13 de Montmartre. Après la Froggy's session et avant un mini concert aux Balades Sonores, un magasin de disques indépendant parisien, nous rencontrons Bertrand Betsch pour parler de son nouveau double-album, le très réussi La Nuit Nous Appartient.

Pour vous qui vous dites fainéant, quelle est la logique au fait de sortir un double-album aujourd'hui ?

Bertrand Betsch : Je ne suis pas fainéant, mais je prends le temps de vivre. Je ne suis pas quelqu'un qui passe dix heures par jour en studio. Je prends le temps de respirer, de rêver, de lire, d'écouter des films, de me nourrir intellectuellement. Après, il y a des périodes où je bosse beaucoup. Mais je suis prolifique et rapide. En vingt ans, j'ai dû écrire presque 250 chansons. Mais puisque j'ai souvent changé de label, laissé s'écouler beaucoup de temps entre chaque album parce que je ne pouvais pas sortir mes disques comme je le voulais, j'ai des chansons en stock. J'ai souvent été dans le frustration, dans la retenue imposée. Tous mes albums sont des doubles-albums, mais pour les maisons de disques dans lesquelles je suis passé, ce format n'était pas possible. Je commence à avoir un retour des média traditionnaux, un double-album pour eux c'est trop. Il leur faut 10 titres, 35 minutes. Or je suis très généreux, donc ça ne passe pas.

Il y a eu ces dernières années de nombreux changements dans votre vie professionnelle, vous avez créé votre label, vous avez déménagé à Toulouse, vous n'êtes plus entouré des mêmes personnes qu'auparavant. Comment cela a-t-il fait évoluer votre travail ?

Bertrand Betsch : J'ai surtout rencontré Marc Denis. Marc n'est pas seulement un guitariste, c'est aussi un arrangeur, un ingénieur du son, un producteur, un multi instrumentiste. Pour "La nuit nous appartient", j'ai enregistré l'album dans mon home studio. Je lui ai filé les bandes et lui ai donné carte blanche. Il y a certains morceaux qu'il a peu retouchés. En revanche, il y en a d'autres qu'il a entièrement repris. Il a refait les lignes de basses sur presque tous les morceaux, des guitares additionnelles, ajouté des guitares lead, de la programmation rythmique. Cela a été un vrai travail avec un vrai producteur.

Sur la pochette, pour vous, ce qui fait sens, est-ce d'abord, la main tendue, le visage flouté, le noir et blanc très contrasté, ou autre chose ?

Bertrand Betsch : Je donne carte blanche à toutes les personnes avec lesquelles je travaille, que ce soit Marc Denis, Guillaume Carayol pour les clips ou Stéphane Merveille pour l'artwork et les photos. Je n'interviens pas. C'est leur métier, ils sont extrêmement talentueux, ils savent exactement ce qu'ils font. Ensuite, chacun est libre d'interpréter la photo comme il le souhaite. On peut l'interpréter comme une invitation. C'est ma façon de le voir, j'invite l'auditeur à me rejoindre à l'intérieur de mon univers. Ensuite, chacun y projette ce qu'il veut.

Sur le nouvel album, on peut entendre "A la radio". Le média radiophonique, en tant qu'artiste, est-il particulièrement important, en particulier par rapport aux "nouveaux" média ?

Bertrand Betsch : J'écoute très peu la radio, à part quelque fois France Inter, et je ne regarde jamais la télé. Par contre, je suis souvent connecté à internet. La plupart des découvertes que je fais le sont lors des mes errances sur la toile.

"Le moulin de la mémoire" est-il inspiré d'une expérience particulière du monde du travail ?

Bertrand Betsch : C'est une chanson que j'ai écrite en 1993, elle a vingt ans. Je vivais dans neuf mètres carrés, un sixième étage sans ascenseur à Paris, et je réalisais des petits boulots alimentaires. Dans cette chanson, je parle de ça, mais de l'oisiveté aussi. Très tôt, j'ai eu le rejet du travail salarié, que j'ai vécu comme une aliénation. Très tôt, j'ai eu besoin de me créer des espaces de liberté. Pour un artiste, avoir du temps devant soi, c'est très important. Moi, j'ai besoin d'avoir des plages de temps devant moi qui me permettent d'approfondir mon travail, non salarié cette fois, et de m'aménager des espaces de création. Ce sont des espaces que, parfois, je me crée la nuit. Des espaces hors-temps qui ne sont pas dévolus à l'efficacité et où je peux m'adonner à la rêverie.

Pour "J'aimerais que tu me dises", c'est la première fois qu'on vous voit interpréter un personnage dans un clip.

Bertrand Betsch : Non, c'est mon troisième clip.

Mais, c'est la première fois qu'on vous voit exprimer des sentiments autres par rapport aux deux précédents.

Bertrand Betsch : La direction d'acteur de Guillaume est plus poussée mais elle existait déjà dans les deux clips précédents.

Vous voyez-vous comme un chroniqueur social à travers vos chansons ?

Bertrand Betsch : Très peu. Hormis "Les indignés", sorti il y a un an en téléchargement gratuit, je n'aborde pas le sujet politique de manière frontale.

Sur le rapport avec le cinéma, votre disque est intitulé comme le film de James Gray. Mais vous avez aussi travaillé dernièrement avec Sébastien Betbeder sur la musique de son film "2 automnes et 3 hivers" qui sort le 25 décembre. Avez-vous apprécié cette expérience ?

Bertrand Betsch : J'ai travaillé, il y a trois ans, avec une troupe de théâtre à Besançon. Il y a eu une commande de scénario pour un moyen-métrage. Le scénario est passé devant plusieurs commissions mais a à chaque fois été refusé car considéré comme trop littéraire. Ensuite, j'ai reçu cette commande pour la BO d'un film français "2 automnes et 3 hivers". Ca a été le pied. Autant l'écriture vient lorsqu'elle vient, lorsque je suis inspiré, autant la musique ça a été facile. J'ai travaillé deux mois sur cette bande originale. Chaque jour, je pouvais enregistrer deux ou trois thèmes différents. Je me suis rendu compte que je pouvais composer sur mesure. J'ai des facilités dans ce domaine, et je trouve cela très plaisant.

J'ai été surpris de trouver une chanson sur Bruxelles sur votre album. D'autant que c'est la troisième chanson en peu de temps sur cette ville par des artistes qui me sont chers, après Arno et Françoiz Breut.

Bertrand Betsch : Celle-ci, je l'avais écrite en 2009. C'était en réaction à la chanson de Brel que je trouve ratée et médiocre, alors qu'il a fait une chanson sur Liège qui est absolument magnifique, mélancolique, et très peu connue. J'ai habité dans ces deux villes, or je trouve que Brel, qui est pourtant un chanteur que j'adore, a complètement loupé cette chanson. Après, j'ai aussi entendu la chanson de Dick Annegarn, que j'ai bien appréciée. En fait, cette chanson est une tranche de vie autobiographique sur les deux années durant lesquelles j'ai vécu à Bruxelles.

Tout au long de l'album, le thème de la nuit revient mais la nuit prend des symboliques différentes.

Bertrand Betsch : Il y a la nuit comme un abri, un refuge, mais la nuit est aussi le moment durant lequel les angoisses remontent. Je l'aborde selon les chansons sous des aspects positifs ou négatifs.

La nuit toulousaine vous a-t-elle permis de prendre des contacts intéressants ?

Bertrand Betsch : Ce n'est pas vraiment la nuit toulousaine. Je suis quelqu'un qui se couche tôt, qui n'aime pas sortir, aller dans les boîtes, dans les bars. Je préfère largement faire un repas entre amis. Par ailleurs, je ne vis pas à Toulouse même mais dans un village à côté. C'est là-bas que j'ai rencontré la directrice du théâtre Sorano, Ghislaine Gouby, qui a pris ses fonctions depuis 2011. Elle apprécie ce que je fais depuis mes débuts. Elle a donc pris contact avec moi pour qu'on travaille ensemble.

Parmi vos anciens camarades du label Lithium, nombreux sont ceux qui multiplient les collaborations : Dominique A avec de nombreux artistes, Michel Cloup ex-Diabologum et Pascal Bouaziz de Mendelson ensemble, Françoiz Breut avec Julia Lanoë et Carla Pallonne de Mansfied Tya sur l'album "A l'aveuglette" ou en reprenant "Cavaliers" sur l'album Renyx du duo nantais. De votre côté, vous semblez un peu isolé.

Bertrand Betsch : Justement ce serait un de mes souhaits les plus chers que de faire une collaboration avec Mansfield Tya dont je suis fan. Sinon, sur "La nuit nous appartient", il y a un duo avec Clarika, mais aussi Nathalie Guilmot ou Audrey qui chantent avec moi. Oui, j'ai envie de faire des duos. Vincent Delerm est passé à la maison, il y a peu de temps. Il a enregistré la reprise d'une chanson de mon premier album. J'aime vraiment cette idée de duos, et j'espère que certaines collaborations pourront se mettre en place prochainement.

A propos de Vincent Delerm, où en est votre projet de ressortir "La soupe à la grimace", votre premier album, chanté par d'autres artistes ?

Bertrand Betsch : Certains chanteurs nous ont demandé des délais supplémentaires. Le projet, initialement prévu pour 2012, a été repoussé à 2014.

Le prochain album prendra quelle direction ?

Bertrand Betsch : Je ne sais pas. Je viens d'enregistrer quinze nouveaux titres, et ça part dans toutes les directions. Je vais peut-être faire en amont appel à Marc, mon producteur, pour qu'il m'aide à définir une direction, sinon je vais encore faire un double-album. Ça va être cruel encore une fois. J'ai des chansons dans les tiroirs, j'aimerais toutes les sortir mais je vais devoir faire des choix. Il y a le principe de réalité et le principe de plaisir, mais les deux se rejoignent rarement.

Pour votre précédent album, vous aviez fixé à 600 exemplaires le nombre de ventes pour atteindre le point d'équilibre financier. Avez-vous atteint votre objectif ?

Bertrand Betsch :Non, Mais je vais continuer. Ce qui m'intéresse dans les chansons, c'est de faire passer de la poésie en contrebande. Je cherche ces moments de grâce, lorsqu'il y a du beau qui se dégage même des sujets sombres ou dramatiques.

Retrouvez Bertrand Betsch
en Froggy's Session
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En savoir plus :
Le site officiel de Bertrand Betsch
Le Soundcloud de Bertrand Betsch
Le Myspace de Bertrand Betsch
Le Facebook de Bertrand Betsch

Crédits photos : Thomy Keat (Toute la série sur Taste of Indie)


Laurent Coudol         
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