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puce Fuck Yeah Le Renoncement - Episode 2
Renoncer à renoncer aux Beatles  février 2016

Mean Mr Mustard → Super Furry Animals. Tomorrow never knows → The Chemical Brothers. I am the walrus → le hip hop. I want you → le premier morceau de post-rock, et le seul valable (coucou les fans de Constellation).

Je me souviens d’une discussion un soir de concert avec Matt Shaw, alias Tex La Homa : "Pourquoi les musiciens reviennent sans arrêt aux Beatles ? Beatles, Beatles, Beatles. Ils n’ont que ce groupe à la bouche. Il s’est quand même passé deux-trois trucs depuis, non ?"

Faire des chansons est un art devenu illusoire depuis Rubber Soul, mais ce n’est pas grave, aurais-je dû répondre à Matt. Au contraire, c’est beau ! Il y a quelque chose de noble dans ce renoncement. Les Beatles devraient être loués d’avoir dans le même laps de temps inventé un certain langage pop et placé la barre à un niveau inatteignable.

C’est en fin de compte le "So what ?" de Miles qui est la meilleure réponse : l’intérêt n’est plus d’inventer quelque chose, alors il reste le jeu. Beaucoup de groupes qui l’ont compris sont géniaux, à commencer par les Flaming Lips. La postérité, de ce point de vue, c’est une question d’humilité sur l’échelle des Beatles.

Question à mon ami Flavien, qui a inventé ce concept : c’est quoi, l’Échelle des Beatles, que tu utilises parfois pour évaluer les groupes ?

Très bonne question, merci de me la poser.

C'est d'abord un outil pour tenter d'éradiquer certains mots du vocabulaire de la critique musicale, et donc renoncer à les utiliser : beatlesque, beatlesien, beatle-ish... Parce que ces mots-là décrivent bien souvent des chansons plus proches d'une imitation de Nicolas Canteloup que des manifestations d'une vraie compréhension des Beatles. Des créations qui tiennent finalement plus de la parodie, ou de la facilité, que de l'amour.

C'est aussi un moyen de souligner que tout le monde pense bien connaître les Beatles, naturellement. La moindre des choses, surtout avec ce groupe-drapeau, serait d'être un peu plus exigeant avec sa mélomanie.

En fait, qu'est-ce que vous voulez dire EXACTEMENT quand vous marquez dans votre biographie que vous vous "inscrivez dans la lignée des Beatles" ? Que vous avez fait un "Love Me Do" ? Ou que vous avez tenté un "Revolution 9" (6 degrés d'écart dans l'échelle des Beatles... et les marches sont hautes) ? Sans taper dans les extrémités, vous êtes plutôt "I Should Have Known Better" ou "Rain" (2 degrés d'écart) ?

Si personne ne veut être plus précis, alors il faut prendre les devants et sortir l'échelle des Beatles. Elles se comptent en année (de 1957 à 1969) et peut être précise jusqu'au mois près, avec des coefficients (il y a 5 mois entre "She Said She Said" et "Strawberry Fields Forever" par exemple)

Exemples de mise en application :

- Clinic = Beatles degré 1960

- Sonic Youth = Beatles degré octobre 1968

- Cass McCombs = Beatles degré 14 août 1964

- Nirvana = Beatles degré 11 février 1963, entre 22h et 22h45.

Et est-ce que tu pourrais expliquer en quoi les Beatles ont été assez forts pour aller jusqu'à inventer eux-mêmes le renoncement ?

L'histoire de ce groupe, c'est aussi la chance. Je ne parle même pas du talent, parce que tout le monde sait ce qu'il en est à ce niveau là. Mais pour le reste, il y a vraiment de quoi croire au destin. Les Beatles, c'est des bonds de géant entre des rencontres décisives et des étapes de grand renoncement qui les poussent à prendre d'autres chemins toujours plus intéressants et décisifs. L'environnement extérieur, ou plutôt ses aléas imposés ont toujours été au service de leur développement. Chaque déconvenue a créé quelque chose de beau et d'inattendu. Les méthodes d'enregistrement au début de leur carrière studio étaient plutôt remplies de contraintes que de mises en condition optimales (deux pistes, prises live, voix et batterie dans la même pièce, 11 ou 12 chansons par jour). Résultat : ces enregistrements sont devenus des définitions et des méthodes pour plein de groupes actuels qui cherchent à les reproduire à l'identique.

C'est du renoncement positif. Et il y aurait tant d'exemples à donner...

La technique ADT (Automatic Double Tracking), par exemple, allez.

Jusqu'à 1966, pour donner un peu de profondeur, les vois étaient doublées « mécaniquement » : le chanteur principal de la chanson enregistrait sa piste voix deux fois de suite, l'une par-dessus l'autre, en essayant au maximum de donner les mêmes impulsions à chaque fois (McCartney faisait ça très bien, Lennon moins). Ce sont les micro-différences entre les deux enregistrements superposés qui permettaient d'obtenir ce son de voix particulier. Comme les petites distinctions entre deux jumeaux qui permettent aux gens qui les croisent dans la rue de sortir le bon prénom.

Et puis en 1966, Lennon renonce à travailler. Faire deux prises de la même voix A CHAQUE FOIS, c'est super chiant et monotone, et puis il y arrive jamais trop bien. Alors Ken Townsend (un ingénieur du son d'Abbey Road) lui invente l'ADT. Un système qu permet d'enregistrer la même prise de voix sur deux magnétophones différents, dont un qui capte le tout un poil en retard = le son de l'album Revolver + Lennon peut rentrer regarder la télé plus tôt.

Au cours de ses recherches récentes, Mark Lewisohn (peut-être le plus grand expert des Beatles sur cette terre) a découvert un élément essentiel dans l'histoire du groupe qui résume bien cette idée de renoncement positif. Contrairement à ce qu'on croyait jusque-là, ce n'est pas George Martin qui aurait craqué sur les Beatles lors d'une audition pour Parlophone (le label dont il avait alors la charge). Au contraire, il les aurait trouvés incroyablement mauvais. Mais, ses patrons lui auraient refilé le bébé à la fois pour la déconne et aussi pour le punir d'avoir une aventure extra-conjugale avec la secrétaire maison (qui deviendra sa seconde femme).

CQFD. Si George Martin avait renoncé à avoir son histoire de fesse, Eleanor Rigby : tintin.

Est-ce que leur décision d’arrêter de se produire en live n’était qu’une question de niveau sonore (les cris > la sono) et de nombre de pistes (les chœurs en overdubs > chanter juste à la télé) ? Autrement dit, une question de technologie ?

Oui, il y a ça, indéniablement. Et puis il y a le renoncement à un certain statut, ce qui n'est pas sans lien avec ton premier article sur la société Facebook. Il régnait cette sale impression que les gens qui allaient voir les concerts des Beatles le faisaient pour acquérir un statut. C'était, en quelque sorte, l'équivalent rétro de « liker » quelque chose pour se l'approprier un peu.

McCartney raconte souvent cette histoire qui l'avait marqué à propos d'Elvis Presley. Lui aussi avait arrêté les concerts et se contentait d'envoyer sa voiture en tournée. Ça suffit bien finalement, surtout comparé au médiocre résultat qu'on obtient quand on se donne du mal et qu'on y va soi-même. C'est une des raisons de la création du groupe fictif Sgt Peppers Lonely Hearts Club Band : on envoie un disque en tournée plutôt que d'essayer de le reproduire maladroitement.

L'idée est donc de renoncer à se donner du mal pour un résultat irrémédiablement décevant et une considération à la limite de la condescendance.

Il y aussi le fait de renoncer à la formule. Finalement, le vrai dernier concert des Beatles a eu lieu fin décembre 1962 au Star Club d'Hambourg. Après ça, un autre standard s'est imposé (celui des tournées package avec ses cinq groupes à l'affiche) et il n'était plus vraiment question de "concert", plutôt "d'événement".

Il y a une veille histoire qui dit que les Beatles ont arrêté les concerts 15 minutes trop tôt (sur l'échelle des Beatles).

Comme toujours, chaque renoncement est bon à quelque chose. Cet arrêt volontaire des concerts et des performances télé, c'est aussi l'occasion de donner naissance à une nouvelle pierre angulaire : tiens, on va plutôt se filmer en train de jouer (ou au moins de faire semblant) et l'envoyer aux télés du monde entier = le clip musical, BAM, merci bonsoir.

 

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Mickaël Mottet         
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# 27 novembre 2022 : Fraîcheur de vivre

Le froid pointe le bout de son nez, les guirlandes sont de sortie (mais couper votre box internet surtout hein...) mais il reste la culture pour se réchauffer et se réconforter. C'est parti pour le programme de la semaine.

Du côté de la musique :
"Alpha zulu" de Phoenix
"Born in chaos" de Absurd Heroes
"Le monde d'après" de ALT (Alix Logiaco Trio)
"Le ciel est partout" de Blaubird
"Gainsbourg" de Brussels Jazz Orchestra & Camille Bertault
"Se taire et écouter" de Daniel Jea
"Constellation" de David Bressat
"The cage and the crown : chapter 1" de Headkeyz
"Promenade oblique" l'émission à écouter signée Listen In Bed
"Deep marks" de Mind Affect
"Chant contre champ" de Naudin
"Karma police" de Théo Cormier
et toujours :
"Awoken songs" de Pas de Printemps pour Marnie
"Léon" de Ottis Coeur
"Bach : The Six Cello Suites" de Michiaki Ueno
"Original Soundtracks" la nouvelle émission à écouter de Listen In Bed
"Scriabine - Rimsky Korsakov" de Jean Philippe Collard
"Tiempo" de Irina Gonzalez
"Mass" de Gliz
"Elisabeth Jacquet de La Guerre : Judith & Sémélé" de  Ensemble Amarillis, Héloïse Gaillard & Maïlys de Villoutreys
"Sheng : Oeuvres pour choeur et orgue de Grégoire Rolland" de Choeur de Chambre Dulci Jubilo, Christopher Gibert & Thomas Ospital
"Trompe la mort" de Bazar Bellamy
"Tokoto" de Bancal Chéri
"Duo Solo" de Astig Siranossian

Au théâtre :

les nouveautés de la semaine :
"Prenez garde à son petit couteau" au Monfort Théâtre
"Deux amis" au Théâtre du Rond-Point
"Ruy Blas" au Théâtre des Béliers Parisiens
"Playlist Politique" au Théâtre de la Bastille
"Nuit" au Théâtre des Quartiers d'Ivry
"Depois do silêncio (Après le silence)" au Centquatre
"Sfumato, l'art d'effacer les contours" au Théâtre Dunois
"Je me souviens le ciel est loin la terre aussi" au Monfort Théâtre
"Histoire(s) de baiser(s)" au Lavoir Moderne Parisien
"Avril Enchanté" au Théâtre Le Guichet-Montparnasse
"La Cérémonie" au Théâtre Le Funambule-Montmartre
"Perte" à La Piccola Scala
les reprises :
"Cirque Le Roux - La Nuit du Cerf" au Théâtre Le 13ème Art
"La nuit juste avant les forêts" au Théâtre de la Boutonnière
et les autres spectacles à l'affiche

Expositions :

"Ossip Zadkine - Une vie d'ateliers" au Musée Zadkine
et les autres expositions à l'affiche

Cinéma :

en streaming gratuit :
"La Disparition des lucioles" de Sébastien Pilote
"La Grande noirceur" de Maxime Giroux
"Ema" de Pablo Larraín
"Home" de Franka Potente
"Un père" de Marine Colomiès
"Dark waters de Todd Haynes
"Backroom - Drogue mortelle" de Rosa von Praunheim
en salle un film restauré :
"Un petit cas de conscience" de Marie-Claude Treilhou

Lecture avec :

"L'histoire de l'hiver qui ne voulait jamais finir" de Shane Jones
"Black Bird" de James Keene & Hillel Levin
et toujours une sélection spéciale Histoire :
"Le livre noir de vladimir poutine" de Galia Ackerman et Stéphane Courtois
"l'armée française, 2 siècles d'engagement" de Jean Lopez
"Espions en révolution" de Joël Richard Paul

"La guerre du désert" de Benoit Rondeau
"Russie, révolution et guerre civile (1917-1921) de Antony Beevor
"Le noir et le brun" de Jean Christophe Buisson
"Images de France" de Léonard Dauphant
"Hitler et Churchill" de Andrew Roberts

Et toute la semaine des émissions en direct et en replay sur notre chaine TWITCH

Bonne lecture, bonne culture, et à la semaine prochaine.

           
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