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Sonia Darthou - Hélène Lewandowski  (Editions Passés Composés)  septembre 2020

Après des lectures concernant le monde romain, j’ai eu la chance de pouvoir découvrir deux autres ouvrages publiés aux éditions Passés Composés portant sur la Grèce ancienne et la cité d’Athènes pour le premier et sur le palais d’Orsay pour le second. Encore de belles lectures, érudites et passionnantes qui confirment que les ouvrages d’Histoire sont souvent aussi intéressants que des romans ou des polars.

J’ai commencé par la lecture du livre de Sonia Darthou, une spécialiste du polythéisme et des mythes fondateurs grecs qui est l’auteure de Les mots face à l’Histoire et de Les Dieux de l’Olympe. Son nouveau livre est consacrée à la ville d’Athènes, autour de l’histoire de cette cité entre mythe et politique.

Le monde des mythes révèle une pensée intimement articulée au quotidien. Omniprésents à Athènes, ils surgissent dans tous les espaces du paysage grec pour construire le passé comme le présent politique. Grâce à la mythologie, les athéniens s’ancrent et se réinventent en permanence. Au banquet, les vases à boire circulent entre les buveurs, entraînant une cohorte d’images qui voyage de main en main. Sur les décrets de l’assemblée du peuple, c’est Athéna qui, en image, fait écho au texte des hommes. Sur la porte de la maison, le père accroche, à la naissance de son fils, une couronne d’olivier, qui inscrit le nouveau-né dans la communauté de ses frères athéniens. Au théâtre et au tribunal, les mythes dramatisent la condition humaine face aux citoyens assemblés. Quant aux pièces de monnaie athéniennes, frappées de l’effigie d’Athéna et de ses symboles, elles véhiculent parfaitement combien il est difficile de tracer une frontière entre mythe et politique.

L’ouvrage est construit autour de deux parties, une première intitulée mythe et identité politique et une seconde autour des mythes et de la citoyenneté. Il nous montre que ces mythes révèlent une pensée assez complexe articulée au quotidien, qu’ils sont à la fois objets et sujets de discours. L’ouvrage nous montre aussi que l’appréhension des mythes a beaucoup évolué faisant du mythe un mode d’expression de l’expérience religieuse des grecs et non plus seulement un rite. Ils permettent une meilleure compréhension du polythéisme grec.

L’ouvrage est passionnant, le mythe de la fondation d’Athènes permet de mettre en lumière l’esprit agonistique de la culture hellène, nous montre la compétition entre Athéna et Poséidon, nous parle de l’olivier d’Athéna comme un arbre politique (un des chapitres les plus intéressants pour moi) sans oublier la chouette d’Athéna qui fait aussi l’objet d’un chapitre. Il est composé de nombreuses images qui éclairent les propos de l’auteure, il nous montre le poids politique d’Athéna dans la vie politique.

La seconde partie revient tout d’abord sur le mythe d’autochtonie, un mythe polysémique qui va servir aux grecs de racine et de socle pour ancrer, glorifier et revendiquer mais aussi pour différencier et exclure. Dans ce mythe, on comprend qu’Athènes accorde une place centrale à la naissance, critère de citoyenneté légitime. Une fois encore, cette autochtonie nous est présentée par des images, des passages de discours ou des extraits d’oraisons funèbres. Un chapitre est consacré à Thésée, le dernier autochtone puis un autre au mythe et à la parole politique nous montrant notamment comment le mythe se rend au service d’une rhétorique politique et patriotique. L’ouvrage nous montre enfin comment le mythe peut aussi être au service de la caricature et du rire, se mettant alors dans une posture de dénonciation comique.

Alors voilà, je me suis régalé à lire cet ouvrage d’un peu plus de 200 pages qui a pour grande qualité d’être accessible à tous. Nul besoin d’être un historien ou un amateur d’histoire pour le lire, un brin de curiosité concernant Athènes et son histoire au travers des mythes suffit amplement pour se lancer dedans. Evidemment, les amateurs d’histoire ne seront pas en reste car ils apprendront de nombreuses choses sur le sujet, ce qui fut mon cas.

Après la cité d’Athènes aux côtés de Sonia Darthou, mon voyage littéraire et historique me ramène un peu plus près de chez moi, à Paris plus précisément. Il n’y a pas à dire, il n’y a que les livres qui arrivent à nous faire voyager autant sans dépenser trop d’argent.

Quelle belle idée que celle d’Hélène Lewandowski que celle de consacrer un écrit au destin méconnu d’un palais témoin du fracas et du chaos politiques du XIXème siècle avec son ouvrage sur Le palais d’Orsay. Historienne de l’architecture, Hélène Lewandowski consacre ses recherches à l’histoire de Paris au XIXe siècle.

L’incroyable histoire du palais d’Orsay commence en 1808 quand Napoléon décide de faire construire un bâtiment sur mesure pour son ministère des relations extérieures. Bientôt les guerres engloutissent les budgets et, à la chute de l’Empire, les murs ne s’élèvent que de quelques mètres. Délaissé sous la Restauration, l’édifice est sauvé par la monarchie de Juillet et devient le siège du conseil d’Etat et de la cour des comptes. En mai 1871, les incendies de la commune contrarient à nouveau son destin. Sa restauration semble possible, mais les tergiversations de la 3ème république le condamnent à des décennies de ruines. En 1898, il laisse place à la gare d’Orsay, ancêtre du musée que nous pouvons visiter aujourd’hui.

Après nous avoir rappelé que le palais d’Orsay est un des monuments publics les plus commentés du 19ème siècle dans les hémicycles et dans la presse mais aussi par les auteurs les plus célèbres, l’auteure commence par nous dévoiler son histoire après l’accession au pouvoir du jeune général Bonaparte (qui deviendra Napoléon) qui souhaite faire de Paris une capitale à la hauteur de l’Empire, effacer la gloire d’Athènes et de l’Italie et construire un nouveau ministère des relations extérieures avec le Palis d’Orsay, situé le long de la seine, en face du jardin des Tuileries.

L’abdication de Napoléon en 1815 va avoir des conséquences sur l’édifice qui va connaître 25 ans d’incertitudes, 25 années de ruptures et de continuités, le chantier devient vite encombrant, notamment après la disparition de son architecte Bonnard et il faut attendre l’arrivée au pouvoir de Louis Philippe pour que le chantier évolue après des querelles à l’assemblée concernant son financement.

La chute de la Monarchie de Juillet, la Seconde République puis le Second Empire qui lui succède auront des conséquences sur un édifice qui en 1856 n’est toujours pas achevé. Cet édifice est toujours l’objet de nombreuses querelles, ne faisant jamais l’unanimité. L’édifice est touché par un incendie le 23 mai 1871, sa construction en fer et en pierre fait qu’il ne s’effondre pas comme d’autres bâtiments brûlés au même moment. Son avenir se résume alors néanmoins à quelques possibilités : être construit ou restauré à l’identique pour une institution publique ou être rasé pour laisser place à un nouveau projet. Une question qui mettra 27 ans à être résolue. Une fois encore, les débats sont nombreux, les duels d’architectes aussi et les conflits d’intérêts se profilent. La presse s’en mêle aussi et le choix final est d’en faire une gare, montrant peut-être la victoire de l’utile sur la beauté.

Alors voilà, je ne connaissais pas bien l’histoire de ce monument parisien jusqu’à la lecture de cet ouvrage passionnant d’Hélène Lewandowski. Le palais d’Orsay apparaît à la lecture de cet ouvrage comme un témoin privilégié des tourments qu’a pu connaître notre histoire au 19ème siècle et son histoire nous est superbement racontée par l’auteure.

 

Jean-Louis Zuccolini         
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