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puce Festival Levitation France #9 (édition 2022)
Péniche - Servo - You Said Strange - Death Valley Girls - Bruit - Pond - Kikagaku Moyo  (Chabada, Angers)  3 au 5 juin 2022

Le ciel au-dessus du parking du Chabada est plus que mitigé ce samedi 4 juin. Pourtant, au fur et à mesure de la soirée, le public va se faire de plus en plus nombreux pour assister à cette deuxième série de concerts dans le cadre du festival Levitation France qui a lieu depuis maintenant 9 éditions dans la capitale angevine.

Le site n’est pas immense, mais les deux scènes sont assez éloignées pour permettre au public de se masser devant l’une et de se tourner rapidement vers l’autre lorsque les concerts s’enchainent. De nombreux food trucks plus alléchants les uns que les autres permettent de se restaurer à un prix tout à fait abordable, et le bar est tenu par une équipe souriante et agréable. Cerise sur le gateau, l’organisation est vraiment aux petits oignons, veillant à ce que public comme presse soient accueillis au mieux.

Ce soir là, ce sont les angevins de Péniche qui ouvrent le bal. Le trio joue à domicile, et, en dépit d’un public encore clairsemé, leur post/math-rock instrumental est chaudement applaudi. À peine le dernier accord éteint, le son très post-punk, un assez cold de Servo s’élève de la scène d’en face. Les rouennais offrent un spectacle sobre à l’image de leur musique. Le fantôme de Joy Division plane sur la scène et habite les morceaux du groupe. Les ambiances très froides ne manquent pourtant pas d’hypnotiser le public qui enfile et enlève alternativement ses vêtements de pluie.

Les averses intermittentes ne permettront peut-être pas d’apprécier pleinement le show du groupe, mais les titres gavés de fuzz et de réverb s’étirent et résonnent dans l’enceinte du festival, Arthur Pierre triture ses pédales pour faire surgir des sonorités plus psychés qui viennent s’entreméler avec la basse monolithique de Louis Hebert soutenue par le beat de Hugo Magontier. On pourra regretter un passage un peu tôt dans la programmation de ce jour qui n’a pas permis de rassembler un public plus nombreux, mais, indéniablement, Servo, qui a signé avec Fuzz Club pour leur dernier album Alien qu’ils ont joué en intégralité ce soir (et un inédit), mérite l’attention.

Le soleil revient d’abord timidement, puis darde franchement ses rayons sur le dos de la scène Réverbération où s’est installé You Said Strange. On pense immédiatement, à l’entrée des deux frangins Carrière (respectivement Eliot au chant et à la guitare et Martin à la basse et au chant), au meilleure de la scène anglaise pop des années 90/2000. Ne connaissant que très peu la musique du groupe, je suis immédiatement happé par leur set envoûtant, et le reste du public ne s’y trompe pas. Eliot assure largement le show et trimballe sa figure de poupon sur le devant de la scène avec une assurance et un charisme certain.

Un mot revient sans cesse à chaque morceau, la classe. Si le jeu de scène reste assez statique (shoegaze quand tu nous tiens) pour Hector Riggi qui assure la guitare sur le côté gauche de la scène, ou pour le saxophoniste derrière son clavier sur lequel il se penche parfois, leur musique entre pop et psyché subjugue littéralement l’audience. Pas besoin d’en faire plus. On pense parfois aux Stone Roses ou à Oasis, le set est parfaitement maîtrisé et on sent le plaisir qu’ils ont à être là. Et c’est communicatif.

Le problème c’est que quand on se tourne de l’autre côté, certes, dans le public, on a le soleil qui chauffe agréablement le dos du t-shirt encore légèrement mouillé de l’averse précédente, mais par contre, sur scène, le groupe en prends plein les mirettes. C’est le cas des Death Valley Girls qui succèdent à YSS. Ce qui n’empêche pas les trois filles d’arborer un large sourire. Sur le côté droit de la scène, par contre, se dresse, hiératique, le guitariste Larry Schemel (frère de Patty Schemel, batteuse de Hole qui a officié jusqu’en 2016 au sein de DVG) tout de noir vétu, visage impassible.

Après l’intro du seul titre que je crois reconnaître (j’avoue, je fais mon mea culpa, je ne connaissais pas Death Valley Girls) "Abre Camino", il balancera ses riffs et ses solis très Dr. Feelgood, tel un Boris Karloff rock and roll muni d’une télécaster tout le long du show, sans se dérider ni lancer un regard vers le public. À l’autre bout, équipée judicieusement de lunettes de soleil, la bassiste, Rachel Orosco, montée sur des plateformes boots qui dépassent de sa longue jupe blanche, vit ses interventions avec intensité, s’échangeant régulièrement le chant avec la non moins souriante Bonnie Bloomgarden.

Visiblement éblouie par le public qui acclame le quatuor qui ne doit pas faire beaucoup d’effort pour conquérir une audience aux anges, la chanteuse devra à plusieurs reprises masquer le soleil avec sa main. Derrière ses fûts, Laura Kelsey arbore le même sourire communicatif que l’on retrouve sur les visages du public bien au-delà du premier rang. Le rock garage psyché des californiens (The Cramps meets The Lords Of Altamont) est une bouffée de bonne humeur et de complicité entre les musiciens et les spectateurs. Alternant guitare et farfisa (?), Bonnie Bloomgarden finira un set sans répit et enthousiasmant dans le crash pit, embrassant les photographes (dont votre serviteur) et prenant des selfies avec le public.

Récemment signés chez Pelagic (on ne saurait vous conseiller mieux que de mettre le nez dans le catalogue de cet excellent label !) pour leur album The Machine Is Burning And Now Everyone Knows It Could Happen Again, les musiciens de Bruit (Theophile Antolinos - guitare, Clément Libes - basse / violon, Luc Blanchot - violoncelle et Julien Aoufi - batterie) se préparent sur le côté de la scène. Le choc est violent. La baffe énorme. Dès l’entrée sur scène, les quatre membres du combo post-rock en imposent. On sent qu’ils sont investis par leur musique et ce qu’elle véhicule. Cela ne lui en donne que plus d’intensité. Le son, dont les sub-basses sont gonflées par la grosse caisse 19 pouces de Julien équipée d’un amplificateur, envahit le corps comme l’esprit. Le travail sur le son est d’ailleurs une des — multiples — qualités du quatuor. Dans le crash-pit, on est repoussé par le souffle du caisson de sub tellement celles-ci sont puissantes !

Et le concert est une expérience dantesque multidimensionnelle : intellectuelle et spirituelle, physique, visuelle et acoustique. Théophile, caché derrière sa masse de cheveux, est parfois assis sur un tabouret, accroupi devant son pédal-board, ou debout dans une attitude toute métalleuse. De chaque côté, Luc et Clément malmènent leurs archers et suent sous les rayons du soleil couchant. Les titres, lourds et atmosphériques de leur album se suivent, et, entre passages calmes aux mélodies déchirantes, et tempêtes sonores, les émotions sont fortes. Alors que les paroles d’Albert Jacquard qui ponctuent "Industry" se réverbèrent dans l’enceinte du festival, je regarde le public : certains ont fermé les yeux comme pour mieux accueillir ces sons et mélodies si intenses, d’autres se balancent au rythme des battements de la batterie. Le set paraît bien court, on en redemande et le public, qui commence à affluer encore en plus grand nombre, fait une ovation au groupe qui conclue leur concert avec le grandiose "The Machine Is burning…" qui donne son titre à l’album. Je viens de prendre la première claque de la soirée. Et elle est… woouuala !

Que dire de Pond ? Oui, c’est un groupe qui n’a plus à faire ses preuves. Le frontman, Nick Allbrook (qui officie également en compagnie son compère de Pond Jay Watson au sein de Tame Impala pour les live) déploie dès les premières mesures toute son énergie pour faire le show. Sa silhouette androgyne filiforme et sa gestuelle "mickjaggerienne" captivent l’attention. Les premiers titres, plutôt mid-tempo et assez dansants ne sont pas désagréables. Le set est propre, les musiciens rodés et impliqués.

Mais après le quatrième titre, "Tazmania", le soufflé redescend un peu, et le groupe enchaînent des titres assez sirupeux qui ne semblent pourtant pas déplaire au public. L’ambiance se pose, les têtes dodelinent. Il faut dire que le light show est très bon, et qu’il prend toute son ampleur dans la nuit tombante. Allbrook se démène comme un diable, laissant les autres musiciens assurer l’assise musicale, il fait le spectacle à lui tout seul, jusqu’à descendre chercher le public dans la fosse. "Take Me Avalon" extrait du dernier album, est un titre lent et introspectif, assez planant qui me ramène dans le concert qui se conclut avec des titres plus anciens aux sonorités très années 80.

Est-ce que les japonais de Kikagaku Moyo qui passent alors aux alentours de 23h sur du côté Réverbération ne serait pas finalement le seul véritable groupe psychédélique de la soirée ? Les musiciens qui ont décidé de se séparer après 10 ans d’existence sont comme en apesanteur sur la grande scène, un peu comme si le plateau s’élevait au-dessus du public pour atteindre des sphères stratosphériques à peine autorisées pour nous pauvres mortels cloués au sol du parking.

Heureusement, cette "lévitation" est largement communicative et le groupe emmène immédiatement l’audience dans son voyage astral. L’osmose est parfaite entre les membres du groupe, les ambiances s’intallent, durent, s’arrêtent pour laisser la place à une autre, sans temps mort ni cassure réellement brusque. Les mélodies serpentent, s’entrecroisent, les guitares se répondent, répondent à la sitar, les lignes de basse se font plus pulsées, ou au contraire plus linéaires. Les signatures rythmiques s’alternent sans heurts, le tempo change sans que l’on s’en aperçoive. La tension monte, puis soudain on retombe, on ne sait pas trop sur quel signe de l’un des musiciens, sur le thème qu’ils avaient abandonnés 5 minutes auparavant. Pas un temps mort, des artistes portés par leur musique, des tableaux sonores colorés illustrés par un V-jaying sous influence psychédélique. Des titres plus jazzy succèdent à des morceaux plus rock, mais toujours avec ces improvisations maîtrisées. Les rares interventions du chant se marient parfaitement à l’ambiance. On sort ravi et apaisé du show et on aurait aimé qu’ils remettent ça encore plus longtemps !

 

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En savoir plus :
Le site officiel de Levitation France
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Crédits photos : Cesar et Antoine


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