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puce Festival Les Femmes s'en melent #11 (2008)
Joanne Robertson - Tujiko Noriko - Emily Jane Watson  (Paris, Point Ephémère)  23 avril 2008

Mercredi 23 avril 2008, je suis missionné pour aller voir en concert une triple programmation dans le cadre du festival Les Femmes s’en Mèlent, au Point Ephémère, à Paris.

Je ne connais aucune des trois artistes qui se produisent ce soir. Par contre, je connais Les Femmes s’en Mèlent, de notoriété. Pour moi, c’est un festival de qualité, au concept établi, rodé, efficace, mêlant élitisme et semi grand public. D’un point de vue positif, c’est un festival où l’on se déplace pour faire des découvertes ou pour voir des artistes que l’on connait déjà et qu’on ne voit pas ailleurs, dans les programmations très grand public.

Je vais donc au Point Ephémère sans aucun a priori, n’ayant jamais mis les pieds dans cette salle, ni dans ce festival, et ne connaissant aucune des 3 artistes.

Début de concert prévu : 20h sur le programme.
Début de concert effectif : 21h10.

Plus de 1 heure d’attente, je n’ai jamais vu ça, ça doit valoir le coup !

Première artiste à entrer en scène : Joanne Robertson. Enfin ce doit être elle, vu qu’il n’y a ni annonce, ni affiche, et qu’elle ne se présente pas. Annoncée en troisième position sur le programme, on la reconnait à sa description "guitare aux accents minimalistes".

Elle murmure un petit "bon-jour" in french. Elle est à peine plus grande que sa guitare, elle porte un pull over gris un peu trop grand, un jean, des chaussures avec de petits talons.

Elle se met à chanter sans autre forme d’introduction, alors on comprend que c’est bien elle la chanteuse, et qu’elle n’est pas roadie. Alors seulement le public applaudit.

A écouter les premiers accords et les premières vocalises, je pense à Katie Melua, bien que la voix de Joanne Robertson soit plus profonde dans les graves. Plus tard, je me dirais qu’elle pourrait par instant se rapprocher de l’esprit vocal de certaines chansons des Cranberries. Mais pas trop non plus. Je regarde l’artiste, seule en scène, et je regarde le public, les yeux rivés sur elle. Il doit y avoir quelque chose de sensuel à voir une jeune fille seule se présenter sans protection face à une salle de 300 personnes.

En deux chansons seulement, je me dis que les ballades tristounettes que nous chante Joanne Robertson pourraient très facilement se retrouver d’ici quelques années chroniquées dans ELLE, avec trois jolis coeurs et des phrases de superlatifs pour faire vivre la simplicité scénique qui se montre à nos yeux et nos oreilles. Car ce qui s’entend ici est bien simple. La guitare est rythmique, jamais mélodique. Dans ELLE, ils diront "minimaliste", ce qui veut dire simple. On dira aussi "sensible", ce qui veut dire parfois faux, et souvent larmoyant.

La sympathie qui se dégage de Joanne Robertson et qui pourrait facilement se transformer en un début de présence scénique n’est pourtant soutenue par rien d’autre que deux projecteurs (un face, un contre), et trois pars avec filtres oranges qui donnent une couleur country sur un coin de scène.

Joanne est belle et bien seule, elle semble hésitante, peut-être un peu malade (elle toussote) ou fatiguée.

A la cinquième chanson, c’est confirmé : je m’ennuie. Cette musique n’est pas désagréable (ça, c’est pour plus tard dans la soirée), mais pas originale, pas divertissante, pas plus touchante que tout artiste jouant en acoustique. Elle chante en anglais des paroles sur les thèmes de l’amour, de la rupture, et de la sollitude qui semblent taillées sur mesure pour les cordes de sa guitare. Sauf qu’en français, si on traduit, cela devient du Christophe Maé. Le problème avec Joanne Robertson, c’est que chacun d’entre nous connait sans aucun doute 15 artistes similaires sur MySpace et qui, sur scène, seraient plus communicatifs, plus inventifs. Mais ces artistes ne sont pas sur scène ce soir.

Après un changement de plateau très long (près de 25 minutes alors que tout est sur scène sans dispositif technique particulier), une seconde artiste entre sur scène.

Pas de doute, il s’agit de Tujiko Noriko. Après qu’elle ait trouvé où brancher son câble sur son Mac, un peu de fumée est envoyée sur scène. Ca sent comme au départ du Space Mountain... De bonne augure me dis-je.

Tujiko Noriko dit également bonjour en français, avec un ton de petite fille coquine un peu surfait. Alors elle appuie sur Play sur son Mac. Le son commence à être diffusé dans la salle. Après une longue intro, elle se met à chanter, entre deux mèches de cheveux qu’elle bouscule, défait et refait négligemment, avec une régularité chronométrée. Il y a très vite quelque chose qui m’apparait surfait chez cette artiste. Je commence peut être déjà à regretter la première partie.

Tujiko Noriko ne touchera plus une seule fois ni son Mac ni aucun autre élément pourtant installé avec soin par les techniciens. Sa prestation scénique consistera à enlacer son micro des deux mains, à toucher ses cheveux, faire et défaire sa queue de cheval, et bizarrement à humer son sweat shirt entre les chansons. Par sa voix, à un moment je pense à l’album Sounds of Migration (deuxième partie du disque). Mais sans la poésie, ni le charme, ni la qualité technique. En fait non, ça ne ressemble pas plus à Sounds of Migration qu’à Takeshi Kitano ou la dernière poupée commerciale Little.

Tujiko Noriko n’exprime rien sur son visage, ni la passion, ni le rythme, ni la fierté d’être aux Femmes s’en Mêlent, rien. A part lorsqu’elle sourit. Un sourire franc, mais dessiné à l’avance : Tujiko Noriko est en représentation. Pourtant elle est seule.

Techniquement, elle chante sur une bande orchestre, c’est le terme technique. Officiellement ça s’appelle de la musique électronique ? Je crois. Je n’y vois qu’un apanage mal imbriqué de musique synthétique, mécanique, tout en apparence. C’est froid. Rien à voir avec le travail sonore des milieux underground qui, sans prétention, font de l’électronique éclectique extrêmement variée, inventive, et exigente techniquement.

Je n’entends ici ni ne vois les "petits bijoux électroniques" annoncés sur le programme. Je vois juste une image lointaine, une faible présence froide et linéaire à l’ouïe. Tujiko Noriko peut postuler pour le casting des robots dans Terminator 4, pour sûr.

Puis vient son "assistant" (nous n’en sommes qu’à la moitié du show). Il entre en scène avec une clope au bec, commence à "mixer" en finissant de fumer, puis écrase sa clope sur scène. Un manque de respect total pour le public, à tous niveaux.

Ce bonhomme repoussant et apparemment pas tout à fait net se met à faire du bruit avec une console ou des machines qu’on ne voit pas vraiment. Il joue pour lui, il ne regarde pas le public, il est dans son délire. Et ça va aller de pire en pire.

Des sons stridents, suraigus, des crissements comme ligne 9 direction Montreuil puissance 10, se mêlant à des sortes de cris métalliques étouffés dans une boite de conserve, résonnant à faire trembler votre intestin de basses agressives sans lien avec le tempo. C’est désagréable, jusqu’au point où je dois me boucher les oreilles.

Je me dis alors que je ne pourrais pas écrire ce que j’entends, que je serai trop sévère et pas représentatif. Donc je me tourne vers le public : je ne suis pas le seul à me boucher les oreilles. Et globalement, à part un excité en capuche qui tressaute sur lui-même (il doit avoir pris la même chose que l’assistant déglingué qui gigote sur scène), le public du Point Ephémère ne réagit pas. Même quand le son augmente ou s’accélère (parfois oui, il y a des variantes minimalistes), pas de réaction. Pas de sourire ni de grimaces de rejet, je ne parviens pas à sonder les sensations du public. On pourrait éventuellement dire que les applaudissements sont mitigés, mais ils sont quand même bien présents.

Cette musique se veut-elle hypnotique ? Trash ? Le site internet de Tujiko Noriko m’avait paru d’une vulgarité repoussante. Elle-même sur scène n’est finalement qu’un fantasme asiatique pour public urbain initié.

Tujiko Noriko est une artiste telle qu’on en voit régulièrement dans Tracks sur Arte. Ces artistes dont on se dit mais qu’est-ce que c’est que ce truc ? Avant de finalement zapper.

Vers la fin, à un moment on dirait qu’elle chante en anglais. Ca ne change rien. C’est toujours aussi laid. Le changement de plateau était attendu avec impatience. Tujiko Noriko s’en va comme elle est venue.

Immédiatement apparait Emily Jane Watson. Dès l’arrivée, on s’aperçoit d’un minimum de travail : une robe pour tenue de scène, elle et son musicien s’installent très, très vite, elle dit bonsoir, dit comment elle s’appelle, et rien que pour cela : merci. S’en est fini des deux absences précédentes.

Dès les premières notes, on entend la différence. Le son est travaillé, juste, bien placé, calé. C’est pro. C’est même joli. La tête d’affiche, c’est elle, apparemment le public la connait, les applaudissements sont bien différents, il me semble qu’elle était attendue.

Elle se met à chanter, le public applaudit. A écouter les premiers accords et les premières vocalises, je pense à une chanteuse irlandaise. Le public a les yeux rivés sur elle.

Après deux chansons, je me dis que les ballades tristounettes que nous chante Emily Jane Watson pourraient très facilement se retrouver d’ici quelques années chroniquées dans ELLE, avec trois jolis coeurs et des phrases de superlatifs pour faire vivre la simplicité scénique qui se montre à nos yeux et nos oreilles.

Vous l’aurez compris, Emily Jane Watson, c’est très joli, tout à fait agréable, mais également assez simple globalement (malgré de bonnes compos bien plus élaborées que Joanne Robertson), et pas très original.

Ce mercredi soir aux Femmes s’en Mèlent, nous aurons donc assisté à de l’acoustique sans originalité, et à une farce pseudo musicale vulgaire et désagréable. Ce n’était pas Space Mountain. Espérons que tout cela est éphémère.

 

En savoir plus :
Le site officiel du festival
Le Myspace du festival

Crédits photos : Thomy Keat (retrouvez toute la série sur Taste of indie)


Mathieu Beurois         
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