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Interview  (Paris)  11 avril 2008

Ah enfin ! Les rendez-vous à 19h, où il fait encore jour… Nous sommes allés retrouver Numéro # (Jérôme Rocipon, Pierre Crube)  pour une interview dans le XIXème arrondissement. Et les Montréalais, chaleureux, comme on les imagine, venaient de terminer quelques dates à Paris, avant de repartir au Québec. Ils ont promis de revenir à l’automne.

Jérôme Rocipon, de Bordeaux à Montréal, le parcours est assez inattendu. Comment ça s’est passé ?

Jérôme Rocipon : Je suis parti de Bordeaux, sans raison musicale. Je ne suis pas musicien du tout, je voulais juste partir à l’étranger et aller à New York. Mais depuis 2001, tout le monde sait que c’est compliqué surtout quand on n’a pas un bagage d’école de commerce. Alors du coup, je me suis retrouvé à Montréal sur les conseils d’un ami. Je faisais un peu de musique à Bordeaux, disons pop assez classique, avec de la guitare, des choses comme ça et j’étais à Montréal plus pour un plan de carrière même si je ne savais pas ce que je voulais faire. Et après au bout d’un an, ça m’a démangé, j’ai voulu refaire de la musique et donc, j’ai contacté Pierre Crube que j’ai entendu sur internet et qui vivait à Montréal…

Et vous Pierre Crube, est-ce que vous pouvez vous présenter et nous dire ce que vous faisiez ces cinq dernières années, par exemple ?

Pierre Crube : Moi je viens d’Ottawa, j’ai emménagé à Montréal en 2001, j’ai eu une période plus expérimentale, de la musique plus bruitiste et j’ai sorti un disque avant. Quand j’ai rencontré Jérôme, j’entamais moi-même une période un peu plus pop. J’ai adapté mes techniques de studio à la musique de Jérôme et c’est comme ça que Numéro# s’est formé. Il y a eu une bonne vie de préparation avant l’album, il n'y a aucune pièce qui soit de naissance, ça a été une évolution. On a appris à connaître ce qu’on voulait pour le groupe et un jour, on a déclaré : voici le disque qui va présenter le groupe, ça a été enregistré très rapidement. L’album est sorti en septembre 2006 au Québec.

Jérôme Rocipon : Pendant six mois, on a fait l’album. C’était très spontané, ça se ressent aussi d’ailleurs.

Pierre Crube : On sent un peu qu’il date. Ce n’est peut-être pas représentatif : si les gens veulent savoir ce qu’est Numéro# aujourd’hui, ils doivent venir nous voir en concert.

Jérôme Rocipon : En même temps c’est ce que tous les artistes vivent. On est canadiens, en fait de nationalité pour le groupe. Parce que l’album sort en juin ici, on replonge dans une phase de promotion, comme s’il était tout neuf. Pour nous, il n'est pas vraiment neuf, mais on est très content de cet album-là.

Et donc, le public le connaît bien au Canada ?

Pierre Crube : Au Québec, on a connu une espèce de déblocage dans les milieux branchés, underground et les médias plus mainstream, plus communs se sont embarqués dans le truc et des passages sur les radios commerciales.

Des festivals ?

Jérôme Rocipon : Les Francofolies de Montréal. On jouit d’un bon statut mais on n’est pas installé. Disons qu’on est un peu seul dans le créneau musical, en fait, au Québec, on jouit d’un statut assez unique. On est un repère un petit peu, je ne dirais pas une référence mais voilà...

Pierre Crube : Avec un Québec qui est essentiellement rock. Avec la musique électronique, on n’a aucun compétiteur proche et sur les radios commerciales, on est la première chanson pop à être jouée.

Jérôme Rocipon : C’est en train de changer avec internet. Le public qui écoute de la musique sur internet est prêt à accueillir des groupes québécois sans qu’il y ait d’adaptation. Même un groupe comme Omnikrom sur lequel on fait un featuring sur le titre "Chewing gum, fraise", ils ont quand même un fan base et des gens qui les connaissent en France.

Est-ce que c’est toujours un idéal d’être reconnu en France ?

Pierre Crube : Pour moi, c’est très spécial, venir ici, faire des concerts en France, c’est quelque chose dont j’ai rêvé même avant Numéro#. Pour Jérôme qui est européen, il revient à la maison.

Jérôme Rocipon : C’est pas une nécessité de réussir en France, pour un artiste québécois, il voit ça comme un autre marché. Et après, économiquement, de manière viable, le marché français est un bassin de population de 60 millions de personnes. Ca ouvre des portes sur l’Europe. Comme le Québec ouvre des portes aux Etats-Unis.

Pierre Crube : On a fait Barcelone, Malmö, une date en Norvège, la barrière de la langue n’est rien du tout. Car en live, on arrive à orienter sur quelque chose de très dansant. En ce qui concerne la langue, c’est une question de présence de scène. Même aux Etats-Unis le fait que Jérôme est français, c’est exotique, ils n’ont jamais vu ça.

Jérôme Rocipon : On a la chance d’être au Québec, de vivre des expériences aux Etats-Unis, car on n’est pas signé sur une major, on n’a pas un plan stratégique développé, on a fait des écarts très concluants grâce à des contacts sur internet.

Pierre Crube : C’est important pour nous d’être libres, on trouverait très inconfortable de faire un album pour plaire à un label. Tout est fait maison, je suis le producteur. Tout a été fait par moi et Jérôme, avant d’avoir un label pour éviter justement qu’il vienne retoucher à ci ou à ça.

Est-ce que vous vous engagez exclusivement dans la chanson, ou est-ce que vous êtes intéressés par d’autres moyens d’expression ?

Pierre Crube : Un DVD va sortir cet été au Québec , c’est une première expérience.

Jérôme Rocipon : Mais ça reste centré sur la musique. C’est différent pour l’un ou l’autre, mais personnellement l’écriture me plait beaucoup. Mais je ne me pose pas la question. Il y a beaucoup à faire là. Je vois beaucoup de gens qui se dispersent, c’est assez dangereux. Ne vas pas t’illusionner à être artiste dans un autre créneau parce que t’es artiste. Pour moi, il y a pas mal de supercherie.

Pierre Crube : Moi, je compose.  Toutes les musiques ne vont pas seulement pour Numéro#, mais je n’imagine pas par exemple sortir un album solo en quittant le groupe.

Jérôme, on te définit un peu comme un intellectuel de gauche ? Aurais-tu des points communs avec BHL ? Et puis tu cites Guy Debord…

Jérôme Rocipon : Non, je me suis moi-même présenté comme ça , j’ai énormément d’affinités avec BHL (sourire) …  plutôt... c’est une blague. Pour Guy Debord, je le remercie parce que son livre "La Société du Spectacle" m’a servi comme base de réflexion. Sa façon de présenter la société comme un spectacle, avec tout ce que ça implique : je trouvais ça intéressant. Alors, moi, j’ai transposé à mon niveau, avec le star system, le phénomène des journalistes, chroniqueurs, blogs, c’est juste des clins d’œil. Et tant mieux si ça vous fait réagir ou pour ceux qui ne connaissent pas, ça peut les conduire à lire Guy Debord. Cette démocratisation, j’aime ça. Et pour l’appellation "intellectuel de gauche", c’est de la blague, je suis apolitique au possible.

Vos textes ridiculisent une certaine catégorie de la population : les milieux d’artistes par exemple. Mais est-ce que vous n’en faites pas partie ?

Pierre Crube : Absolument.

Jérôme Rocipon : On s’autocritique, on ne pourra pas dire qu’on est des donneurs de leçons, c’est juste des constats. Je suis la victime de la mode aujourd’hui. J’ai envie de l’exposer, sans dire si c’est bien ou pas bien. On est assailli par la volonté d’être connu, comme disait Warhol, les quinze minutes de gloire, tout le monde rêve d’être connus.

Pierre Crube : Moi j’aime les people, j’aime lire les potins. Dans certaines soirées, on est là entre amis et des gens viennent nous demander d’être pris en photos pour mettre ensuite sur des blogs. En même temps, tu veux redevenir la personne que tu es. Tu ne peux pas contrôler, ça va avec l’emploi.

Mais vous faites danser, ceux que vous décrivaient : les jeunes, blancs, fortunés ?

Pierre Crube : Ce qui est intéressant, c’est le contraste entre la voix posée de Jérôme et le rythme festif.

Jérôme Rocipon : La musique, c’est venu naturellement et l’écriture aussi. On prend la musique très au sérieux, mais on ne se prend pas au sérieux, à penser le projet Numéro# par exemple. Tout s’est fait très naturellement.

Un de vos titres s’intitule "J’aime la bourgeoisie". Brel chantait : "Les bourgeois, c’est comme les cochons….". Est-ce que vous avez pensé à cette chanson ? Est-ce que vous trouvez que le monde décrit par Brel est devenu complètement archaïque ?

Jérôme Rocipon : Non, moi ce que j’ai voulu, c’est plus faire une mise en abîme d’une bourgeoisie, mais en même temps c’est plus une aristocratie, où des gens qui vivent de manière décadente au quotidien. Et les paroles m’ont pris : c’est une suite de phrases, de clichés qui pourraient être sur une affiche Prada.

Et l’insertion de la phrase Joe le Taxi, c’est sa vie.

Pierre Crube : Ca s’est fait en studio et on l’a gardé. Et on se demandait si les gens feraient l’association et en fait, tout le monde la fait.

Jérôme Rocipon : Mais certaines personnes me parlent et me demandent si j’aime vraiment la bourgeoisie. Ils ne comprennent pas le côté second degré. C’est de la pure ironie. Après c’est sûr, moi ça me tente d’avoir une maison près du Lac de Côme et d’avoir mon bateau privé, je ne vais pas mentir. Mais bon, ce sera jamais mon quotidien… autant en parler dans une chanson.

Pierre Crube : On peut toujours rêver.

Je voulais vous faire parler d’Omnikrom , qu’on ne connaît peut-être pas en France…

Pierre Crube : Ils sont trois. C’est un groupe assez comique comme rap, assez coloré. Ils sont ensemble depuis 2005. On a un peu le même cheminement. On a participé à leur dernier album, j’ai fait deux prods en solo pour eux. Et c’est de l’électro rap.

Jérôme Rocipon : Joyeux et dansant. C’est des gens qui écoutent de la musique très variée, et qui sont pas enfermés dans un style musical. On a fait une tournée ensemble au Québec. On a la même vision des choses : on est là avant tout, pour se faire plaisir et faire plaisir aux gens qui viennent nous voir en concert. Leur adresse myspace est www.myspace.com/omnikrom.

Vous avez croisé TTC…

Jérôme Rocipon : On les a croisés grâce à Omnikrom parce qu’ils ont collaboré avec eux. Téki Latex est une personne difficile à éviter dans le milieu de la musique. Il est omniprésent, c’est quelqu’un de très charismatique. C’est un i-tunes vivant, il est très influent. C’est très intéressant d’avoir le point de vue de Teki Latex sur ce qu’on a fait. Et il nous a suivis dès le début. Il nous a remarqués très très tôt. Il a toujours été en support… de bons conseils.

Est-ce que vous avez des dates de concert. Est-ce qu’on peut s’attendre à des surprises où on bouscule le consommateur qui vient danser ?

Jérôme Rocipon : Dérouter les gens, les violenter, c’est quelque chose qui me tient à coeur. Après si c’est le même créneau, je ne sais pas. Après, on n’est pas en train de travailler là-dessus. L’album sort en Juin, on va s’atteler à une tournée en Automne. On a eu cinq dates consécutives à Paris et un peu d’autres villes françaises, c’était un premier contact. Mais on n’ a pas encore de dates définies.

Pierre Crube : Au Québec, on va tourner tout le mois de Mai. L’album a été entièrement remixé, il n’y a aucune pièce en version originale. Tout a été repensé pour le live, les temps de respiration de Jérôme… Les gens adorent ça. Moi je trouve ça bête de voir un groupe électro jouer leur disque.

Il faut se donner la peine de retravailler complètement. Chaque spectacle est unique, on a eu des salles pleines, ou joué devant neuf personnes, tout est question de promotion. On a souvent de très belles surprises. On a fait une date en plein air, au Québec. On s’attendait à un désastre, c’était la folie furieuse.

C’était l’hiver pourtant…

Pierre Crube : Il faisait -15°C et on avait une scène immense avec des projections, et on a eu le concert de notre vie.

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Crédits Photos : Thomy Keat (retrouvez toute la série sur Taste of Indie)


Sandrine Gaillard         
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Numero # (11 avril 2008)


# 4 décembre 2022 : L'hiver approche

Dernier mois de l'année, en attendant les coupures électriques, cultivons nous, il nous reste au moins cela, et puis cela donne des idées de cadeaux. La dernière Mare de l'année sera le 9 décembre mais le 23 nous serons là pour faire un petit bilan de l'année. En attendant, voici le programme.

Du côté de la musique :

"Kaleidoscope" de Alba Obert
"La distance" de Coriolan
"On shoulders we stand" de David Linx, Matteo Pastorino, Guillaume de Chassy
"X" de Fred Pallem & Le Sacre du Tympan
"Hysteria" de Indigo Sparke
"Rêve bohémien" de Jérémy Dutheil & Solal Poux Quartet
"Blood harmony" de Larkin Poe
"Pour Clarisse" est la 10eme émission à écouter de la saison 4 de Listen In Bed
"Même si" de Olivier Triboulois
"Pourquoi" de Philip Catherine, Paulo Morello et Sven Faller
et toujours :
"Alpha zulu" de Phoenix
"Born in chaos" de Absurd Heroes
"Le monde d'après" de ALT (Alix Logiaco Trio)
"Le ciel est partout" de Blaubird
"Gainsbourg" de Brussels Jazz Orchestra & Camille Bertault
"Se taire et écouter" de Daniel Jea
"Constellation" de David Bressat
"The cage and the crown : chapter 1" de Headkeyz
"Promenade oblique" l'émission à écouter signée Listen In Bed
"Deep marks" de Mind Affect
"Chant contre champ" de Naudin
"Karma police" de Théo Cormier

Au théâtre :

les nouveautés de la semaine :
"Pièce sans acteur(s) au Monfort Théâtre
"Carnet de la dernière pluie" au Théâtre du Rond-Point
"Toute l'Histoire de la peinture moderne en moins de deux heures" au Théâtre Le 13ème Art
"Farf is a..." au Théâtre Les Déchargeurs
"Gretel, Hansen et les autres" au Théâtre de la Colline
"Peer Gynt" au Lavoir Moderne Parisien
"Les 7 nuits d'une reine" au Théâtre de l'Epée de Bois
"Exil intérieur" au Théâtre de la Reine Blanche
"3clowns" au Théâtre Trévise
"Je ne suis pas de moi" au Théâtre Le Lucernaire
les reprises :
"Il n'y a pas d'Ajar" au Théâtre du Rond-Point
"Les Soeurs Papilles" au théâtre Le Lucernaire
"Je ne cours pas je vole" au Théatre du Rond-Point
et les spectacles déjà à l'affiche

Expositions :

"Sur les routes de Samarcande - Merveilles de soie et d'or" à l'Institut du Monde Arabe"
"Arts et Préhistoire" au Musée de l'Homme
et les expositions à l'affiche

Cinéma :

en salle :
"Kanun, la loi du sang" de Jérémy Guez
en streaming gratuit :
"L'été où mon père disparut" de Hans Petter Moland
"Crooked Lines" de Rita Nunes
"Ema" de Pablo Larraín
"Hyperland" de Mario Sixtus
et le cinéma de Wim Wenders en 5 films

Lecture avec :

"Faites un voeu" de Jakula Alikavazovic
"Je bande donc je suis" de Sainte Paluche
"Patricia Mazuy, l'échappée sauvage" de Gabriela Trujillo, Séverine Rocaboy & Quentin Mével
"Sans un bruit" de Paul Cleave
et toujours :
"L'histoire de l'hiver qui ne voulait jamais finir" de Shane Jones
"Black Bird" de James Keene & Hillel Levin

Et toute la semaine des émissions en direct et en replay sur notre chaine TWITCH

Bonne lecture, bonne culture, et à la semaine prochaine.

           
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