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Roy Andersson  (août)  2021

Réalisé par Roy Andersson. Suède/Allemagne/Norvège. Comédie dramatique. 1h16 (Sortie 4 août 2021). Avec Tatiana Delaunay, Jan-Eje Ferling, Bengt Bergius, Ania Nova, Lesley Leichtweis Bernardi et Martin Serner.

Pour ceux qui connaissent déjà Roy Andersson et l'apprécient, "Pour l'éternité" a tout du dernier film d'un créateur majeur : c'est une épure de ses autres films, une espèce de "je me souviens" très court (76 minutes) où l'on ose enfin faire une comparaison qui, a priori, paraît totalement hors de propos : Roy Andersson est le Sempé de la pellicule.

Pour ceux qui découvriront pour la première fois le cinéma du grand réalisateur suédois, récompensé à la Mostra de Venise pour cette dernière œuvre, "Pour l'éternité" sera une introduction parfaite.

Ils y verront poussés à leur limite les obsessions d'un humaniste triste décrivant la condition humaine dans sa banalité intégrale. Ils y déchiffreront un système rôdé depuis plus de quarante ans dans une poignée de films singuliers qui se ressemblent tous dans leur forme.

Pas une histoire donc, mais des dizaines de petits moments de vie se succédant. Des dizaines d'acteurs donc, dont certains pourront revenir plusieurs fois. Des décors, que des décors aux couleurs ternes où dominent le blanc, le gris, le marron avec parfois une touche un peu plus chaude. Des plans fixes constamment avec des personnages "lourds", poussiéreux, aux traits souvent maquillés d'une couche plâtreuse ou farineuse.

Dans "Pour l'éternité" de Roy Andersson, il y a, pour la première fois sans doute chez le cinéaste de "Chansons du deuxième étage", une voix off féminine qui a quelque chose de péréquien.

Au célèbre "Je me souviens" se substitue un entêtant "J'ai vu". Une espèce de bilan biographique qui concerne sans doute Roy Andersson lui-même. Mais, cet homme de système n'aime pas le systématique : toutes les saynètes qui s'enchaînent ne sont pas accompagnées d'un "J'ai vu".

Comme ce rêve qu'un petit homme raconte à son psy et où dans une rue très "anderssonnienne", il se transforme en Christ moderne portant sa croix sous les coups de fouet d'autres personnages actuels. Ce passage est un des clous cinématographiques du film comme celui qui, cette fois-ci, illustre un "j'ai vu" : "J'ai vu une armée vaincue marchant vers les camps de Sibérie".

Car, quelquefois, Andersson aime raconter la "grande histoire", celle qu'il a lui même vécue ou qu'on lui a rapportée. On se souvient dans "Chansons du deuxième étage" des scènes admirables et presque insoutenable où il montrait cliniquement ce qu'étaient les "médecins de la mort" nazis.

Ici, outre ce plan suivant une cohorte d'ombres d'hommes s'enfonçant dans un monde totalement blanc, il y aura une autre allusion au 3ème Reich qui a marqué l'enfance du cinéaste : on y apercevra un Hitler, aussi terne que les autres personnages, saisi sans doute avant son suicide. La voix off le gratifiera d'un "J'ai vu un homme qui voulait conquérir le monde et qui a compris qu'il n'y arriverait pas"

Mais la plupart des "j'ai vu" sont du "pur Sempé" qui serait en mouvement, et encore, puisqu'il faut ajouter que les petits personnages se traînent plus qu'ils ne se déplacent, qu'ils sont parfois à la limite de l'immobilisme, donnant au film un rythme lent qui permet de bien s'imprégner de cet univers étrange et usé jusqu'à la corde.

Ainsi "Pour l'éternité" de Roy Andersson commence par "J'ai vu un homme qui voulait faire une surprise à sa femme en lui préparant un bon dîner" et s'achève par "J'ai vu un homme qui avait des problèmes avec sa voiture".

Quand on connaît le film, relire ces phrases fait tout de suite remonter en tête le plan qui y correspond et l'on est vraiment persuadé que l'on vient de passer 76 minutes avec quelque chose d'à part, une voie unique empruntée par quelqu'un qui restera comme un des grands moralistes de l'après seconde guerre mondiale.

"Pour l'éternité" de Roy Andersson interroge : pourquoi si peu de cinéastes auront, à son exemple, tenter de proposer sur un écran autre chose qu'une simple reproduction de la piètre réalité ?

On se dit alors, en reprenant l'exemple de Georges Perec, qu'il y a eu peu d'écrivains qui ont fait des mots leur vrai univers et que, pourtant, la littérature est éternelle. Il faudra s'y faire et bien en profiter : Roy Andersson est un cas unique dont il ne faut pas rater ce qui pourrait, certainement, être l'un de ses derniers films ou même le dernier.

 

Philippe Person         
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# 4 septembre 2022 : C'est la rentrée

Les plus jeunes sont de retour à l'école, les parents au boulot, la menace d'une catastrophe nucléaire pèse... Heureusement qu'il y a la culture pour se détendre un peu, voici le programme de la semaine.

Du côté de la musique :

La route du rock 2022, le jeudi
La route du rock 2022, le vendredi
La route du rock 2022, le samedi
"Seven ways to fake a perfect skin" dernier mix de la saison 3 de Listen In Bed
"Good news" de Ciao Lucifer
"Real to reel" de CVC
"Jazz migration #8" de Haléis, Ishkero, Mamie Jotax, Noé Clerc Trio
"Fantaisies" de Jean Samuel Bez & Jean Luc Therrien
"Pre pleasure" de Julia Jacklin
"Reset" de Panda Bear et Sonic Boom
"In the wild" de The Interrupters
et toujours :
Véronique Bilodeay et Bronwswik au Festival international de la chanson de Granby
"Whispered garden" de Jun Miyake
"Les chansons de Sonic Youth" Par Listen In Bed à écouter sans modération
"Le célibat c'est beau" de Lizzy Ling
Pipi Tornado et Daniel Jea fêtent les 5 ans de la Tête de l'Artiste

Au théâtre :

les nouveautés de la semaine :
"Duc et Pioche" au Théâtre de Poche-Montparnasse
"Le Menteur" au Théâtre de Poche-Montparnasse
"Les Poupées persanes" au Théâtre des Béliers parisiens"
"Le Chaperon rouge de la rue Pigalle" à la Manufacture des Abbesses
"Une Vie" au Théâtre Essaion
"Sacha Guitry intime" au Théâtre Le Lucernaire
"Ce sera mieux avant" au Café de la Gare
"The show qui must go on" au Théâtre Essaion
les reprises :
"Montaigne - Les Essais" au Théâtre de Poche-Montparnasse
"Génération Mitterrand" au Théâtre de Belleville
"La Chute" au Théâtre de la Contrescarpe
"L'Epopée du buveur d'eau" au Théâtre Le Funambule-Montmartre
"Tout feu, Tout femme" au Théâtre de Poche-Montparnasse
"Toxique" à la Folie Théâtre
"Olympe de Gouges, porteuse d'espoir" au Théâtre Le Guichet-Montparnasse
"Juliette Gréco la femme" au Théâtre Essaion
"Ego-system" au Théâtre Essaion
et les spectacles à l'affiche en septembre

Expositions :

"Cézanne - Lumières de Provence" à l'Atelier des lumières
Si vous avez raté les expositions "Yves Saint Laurent aux musées", la visite commentée en vidéo de "Yves Saint Laurent" au Centre Pompidou
dernière ligne droite pour :
"Charles Camoin - Un fauve en liberté "au Musée de Montmartre
"Monnaies et Merveilles" à la Monnaie de Paris
et les expositions encore à l'affiche en septembre

Cinéma :

en streaming gratuit :
"In the mood for love" de Wong Kar-Wai
"Les Heures souterraines" de Philippe Harel
"Ava" de Léa Mysius
"Truth and Justice" de Tanel Toom
"Une grande fille" de Kantemir Bagalow
et Les contes d'Eric Rohmer

Lecture avec :

"Cocaïans" de Gauz'
"High energy rock'n'roll" de Jean Charles Desgroux
"Les enfants endormis" de Anthony Passeron
"Mon acrobate" de Cécile Pivot
"Poids plume" de Mick Kitson
et toujours :
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"Hommes" de Emmanuelle Richard
"L'air était tout en feu" de Camille Pascal
"Riambel" de Priya Hein

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Bonne lecture, bonne culture, et à la semaine prochaine.

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