Atelier dirigé par Denis Podalydès autour du roman éponyme de Laurent Mauvignier, avec Yacine Ait Benhassi, Julien Campani, Hélène Chevallier, Bénédicte Choisnet, William Edimon Romain Franciscon Jean Christophe Legendren Sylvain Levitten Leslie Menu, Yasmine Nadifi, Clara Noël, Lena Paugam Juliette Savary, Bertrand Usclat et Charlotte Van Bervesselès.

Les représentations publiques du CNSAD sont souvent l'occasion d'assister à de beaux moments de théâtre et de découvrir, par la même occasion, de jeunes talents à l'orée d'une longue arrière.

Cette "cuvée" 2011 ne fait pas exception à la règle. Dirigés d'une main de maitre par Denis Podalydès (ancien élève du CNSAD et sociétaire de la Comédie française) les étudiants font preuve d'une générosité théâtrale et d'un professionnalisme enthousiasmant, dans un spectacle adapté du roman éponyme de Laurent Mauvignier, "Dans la foule", texte passionnant mais extrêmement exigent.

Prix du roman Fnac en 2006, "Dans la foule" retrace le parcours de plusieurs jeunes gens brisés à différents degrés par les évènements de Heysel de 1985 où 39 personnes trouvèrent la mort dans les tribunes du stade suite à un mouvement de panique initié par une charge de Hooligans.

Écrit comme un enchevêtrement de monologues qui retranscrivent les infinies variations de la pensée de chacun, le roman explore la collision du drame intime et collectif et questionne par sa forme sur ce qui relève de la perception, de la remémoration ou de la psychologie dans la retranscription de faits auxquels tout le monde peut se reporter.

Si le procédé est en vogue depuis le 11 septembre 2001, il faut concéder à Laurent Mauvignier une force d'écriture, non dénuée de brutalité, qui est particulièrement adaptée au théâtre. Le phrasé très travaillé et les cassures de rythme incessantes demandent un engagement constant des comédiens, tant sur le plan physique qu'intellectuel.

Comment en effet représenter à la fois l'infiniment grand et l'infiniment petit, un mouvement de panique dans un stade de 60 000 spectateurs et les tourments d'une âme désolée au milieu de cet enfer?

Pour ce faire, Denis Podalydès donne à interpréter le même personnage à plusieurs acteurs simultanément, et non pas linéairement, et la magie opère, l'autre étant alors tout à la fois la foule et soi-même, du moins un autre possible de soi-même. D'un seul regard le spectateur embrasse la personne qui agit, celle qui intellectualise et raconte, mais aussi la nuée de personnages connexes retranscrites via le prisme déformant du conteur.

La vérité est démultipliée à l'image de la foule, somme d'individualités qui n'ont plus de visages propres mais se transcendent en mettant en commun leur énergie. Et ainsi, les quinze acteurs et actrices sont les narrateurs d'une histoire qu'ils portent, transmettent, rêvent autant qu'ils interprètent, dans un exercice qui n'en est plus un, tant il devient porteur d'un achèvement en lui-même.

Le roman de Laurent Mauvignier prend miraculeusement vie sur scène, malgré une forme initiale dense, grâce aux choix de mise en scène très pertinents de Denis Podalydès mais aussi, et surtout, grâce à l'interprétation magistrale de l'ensemble des comédiens, qui transpercent le 4ème mur pour faire ressentir aux spectateurs l'oppression et l'urgence dans laquelle sont tous les personnages.

Il faut cependant souligner la prestation remarquable de certains d'entre eux : Bertrand Usclat et Romain Francisco dans le rôle de Jeff, Hélène Chevallier dans celui de Virginie, Sylvain Levitte dans le rôle de Geoff, ainsi que Charlotte Van Bervesselès et Leslie Menu dans celui (extrêmement difficile et violent) de Tana.